Face à l’évolution des contraintes climatiques et des obligations réglementaires, les entreprises sont amenées à repenser la durabilité de leur activité, leur consommation d’énergie et leur impact. Réaliser un Bilan Carbone, qu’il soit volontaire ou effectué dans le cadre d’un bilan des émissions de gaz à effet de serre (BEGES), permet d’identifier et de mesurer les principaux postes d’émissions. C’est une première étape indispensable.
Mais mesurer ses émissions n’est pas une fin en soi. Le diagnostic doit permettre de passer à l’action, à travers une stratégie climat structurée et un plan de transition adapté à l’entreprise. Encore faut-il savoir par où commencer, quelles actions privilégier et comment suivre les résultats.
Ce dossier vous aidera à comprendre ce que couvre un plan de transition, dans quels cadres il intervient et comment le construire pour qu’il soit réellement utile à votre entreprise.
Qu’est-ce qu’un plan de transition pour réduire ses émissions de GES ?
Un plan de transition est un document stratégique et opérationnel qui définit une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), les actions prioritaires et les moyens humains, techniques et financiers nécessaires pour la mettre en œuvre. Il fait le lien entre le diagnostic carbone et les décisions de l’entreprise.
Il comprend notamment des objectifs chiffrés, un programme d’actions, des responsables identifiés, un calendrier, des moyens et des indicateurs de suivi. Lorsque les données le permettent, les leviers de décarbonation sont évalués selon leur potentiel de réduction en tonnes équivalent CO₂ (tCO₂e), leur coût et leur faisabilité.
Un plan de transition ne se résume donc ni à une liste d’écogestes ni à une déclaration d’intention. Il organise les changements à conduire, dans la durée, au regard des activités et des moyens de l’entreprise.
Quand et pourquoi réaliser un plan de transition ?
Un plan de transition s’inscrit dans une stratégie climat, généralement à la suite d’un bilan des émissions de GES qui fait office de diagnostic.
Une fois les principaux postes émetteurs identifiés, l’entreprise peut définir des objectifs de réduction, choisir les actions à engager et mesurer leurs effets.
Il peut intervenir dans différents cadres :
- le BEGES réglementaire,
- la méthode Bilan Carbone® de l’Association pour la transition Bas Carbone (ABC),
- le reporting de durabilité de certaines entreprises,
- ou une démarche volontaire.
Les objectifs se rejoignent, mais les obligations et les contenus attendus ne sont pas identiques. C’est pourquoi il est essentiel d’identifier le cadre applicable avant de commencer.
Dans le cadre du BEGES réglementaire, les organisations concernées doivent accompagner leur bilan d’un plan de transition selon les dispositions applicables. La méthode Bilan Carbone® intègre elle aussi le passage à l’action dans sa démarche. Quant au reporting de durabilité, il obéit à ses propres règles et exigences, selon la situation de l’entreprise.
Pour tout comprendre sur le diagnostic de départ, retrouvez notre dossier « Réaliser son Bilan Carbone : guide complet pour mesurer, comprendre et réduire ses émissions de CO₂ ».
Bon à savoir : le ministère chargé de la Transition écologique et l’ADEME ont publié un guide méthodologique consacré à la construction, à la mise en œuvre et au suivi d’un plan de transition. Il constitue un repère précieux pour structurer la démarche.
Stratégie climat, trajectoire bas carbone, plan d’action : de quoi parle-t-on ?
Stratégie climat, stratégie de décarbonation, trajectoire bas carbone, plan de transition, plan d’action… Ces termes sont parfois utilisés indifféremment. Ils correspondent pourtant à des dimensions différentes d’une même démarche.
La stratégie climat fixe le cadre general : elle intègre les enjeux climatiques aux décisions de l’entreprise, qu’il s’agisse de réduire ses émissions ou, selon ses activités, de s’adapter aux conséquences du changement climatique. La stratégie de décarbonation se concentre sur les leviers de réduction des GES. La trajectoire bas carbone dessine le chemin chiffré entre une année de référence et des objectifs à atteindre.
Le plan de transition traduit la stratégie de décarbonation en objectifs, moyens et actions mis en place sur une durée donnée. Il fait le lien entre le diagnostic des émissions de GES et le passage à l’action. Son contenu et son niveau d’exigence varient selon le cadre concerné : BEGES réglementaire, méthode Bilan Carbone®, reporting de durabilité, démarche volontaire, etc.
Le plan d’action constitue la déclinaison opérationnelle du plan de transition : il rassemble les actions concrètes à engager, leur calendrier, les moyens nécessaires, les responsables et, lorsque cela est possible, leur potentiel de réduction des émissions.
Enfin, « plan de réduction » reste un terme plus générique, souvent employé pour désigner l’ensemble des actions de réduction.
En pratique, ces notions s’articulent donc entre elles : la stratégie climat donne le cap, la trajectoire matérialise le chemin à parcourir, le plan de transition organise les moyens d’y parvenir et le plan d’action permet d’avancer sur le terrain.
Comment construire un plan de transition adapté à votre entreprise ?
Un plan de transition suit une méthode dynamique, pratique et des étapes itératives et balisées. Il prend en compte les objectifs, les moyens, les actions déjà en place et celles à venir, leur temporalité, leurs indicateurs de suivi et la gouvernance associée.
Définir une temporalité
Un plan de transition couvre une période précise, avec des jalons intermédiaires, de l’année en cours au prochain bilan d’émissions de GES par exemple. Certaines actions produisent des résultats rapides ; d’autres nécessitent des investissements ou une transformation progressive des activités. Pour bien mesurer chaque action, il faut donc l’inscrire dans le temps.
Avoir une démarche cohérente
Un plan de transition doit avoir toute sa place dans la stratégie globale de l’entreprise. Il doit être intégré aux décisions d’investissement, aux achats, à la production ou à la politique commerciale. Il s’agit aussi de faire évoluer les comportements et les pratiques quotidiennes des équipes.
Prendre en compte la performance de l’entreprise
Un plan de transition doit prendre en compte la performance globale de l’entreprise et la création de valeur, pour elle comme pour ses parties prenantes.
La réduction des émissions peut aussi être l’occasion de réduire sa vulnérabilité énergétique, de maîtriser certains coûts, d’innover, d’adapter son offre, d’anticiper les évolutions réglementaires, de mobiliser ses équipes ou de construire de nouveaux partenariats.
Ces opportunités, évoquées dans le guide méthodologique de l’ADEME, ne doivent pas masquer les efforts et les arbitrages nécessaires. Elles rappellent simplement que la transition ne se résume pas à une contrainte : elle peut aussi renforcer la résilience de l’entreprise.
S’inscrire dans une démarche d’amélioration continue
Un plan de transition et les actions qu’il identifie ne sont pas figés. Ils peuvent évoluer au cours du cycle, avec l’enrichissement du programme d’actions, ou faire l’objet d’un bilan et d’une mise à jour entre deux exercices. C’est ainsi que l’entreprise progresse, teste ses hypothèses et gagne en maturité.
Expliquer la démarche
Un plan de transition est aussi un projet fédérateur, au sein de l’entreprise comme auprès de ses parties prenantes. Ses objectifs, ses avancées, ses points d’étape et ses résultats doivent être expliqués avec soin. Une communication claire, fondée sur des données vérifiables, aide à mobiliser les équipes et à rendre compte des progrès, sans surpromettre.
Les quatre étapes clés d’un plan de transition
Le guide méthodologique de l’ADEME propose un cadre pour organiser la construction, la mise en œuvre et le suivi du plan de transition.
Nous pouvons le traduire en quatre grandes étapes, qui répondent à trois questions simples : quoi, pourquoi et comment ? À chaque étape se croisent des enjeux de gouvernance, des choix opérationnels et des besoins de communication.
1. Définir le cadre stratégique
La première étape consiste à préciser qui pilote le projet, dans quel contexte il s’inscrit et ce que l’entreprise cherche à atteindre. Il faut identifier les risques et les opportunités associés à la transition, confirmer les périmètres retenus pour le diagnostic carbone, choisir une année de référence, définir les horizons de temps, les objectifs chiffrés et les jalons intermédiaires.
Les objectifs doivent être ambitieux mais crédibles, cohérents avec les principaux postes émetteurs et suivis à l’aide d’indicateurs pertinents.
Attention à la terminologie : la méthode Bilan Carbone® organise notamment l’analyse par postes d’émissions ; la classification en scopes 1, 2 et 3 relève du GHG Protocol. Les deux lectures peuvent être rapprochées, mais ne doivent pas être confondues!
2. Construire le programme d’actions
C’est la deuxième étape du plan de transition, et aussi le nerf de la guerre. Il s’agit d’identifier les leviers de réduction, de comparer les actions envisageables et de déterminer les axes prioritaires de travail. Potentiel de réduction, coûts, délais, contraintes techniques, dépendance aux fournisseurs et capacité des équipes : chaque décision suppose des arbitrages.
Un programme réaliste ne cherche pas à tout faire immédiatement. Il hiérarchise les actions et distingue ce qui peut être engagé rapidement de ce qui demande une transformation plus profonde. Nous détaillons cette méthode dans notre article consacré au plan d’action de décarbonation.
3. Mettre en œuvre le plan de transition
Une fois les actions prioritaires choisies par arbitrage collectif, le moment est venu de passer à leur mise en œuvre concrète. Une fiche action peut préciser l’intitulé de chaque action, le poste d’émissions concerné, le périmètre, la personne responsable, les partenaires mobilisés, les sous-étapes, le budget, le calendrier, les indicateurs et le potentiel de réduction attendu.
C’est aussi le moment de sécuriser les moyens humains et financiers. Sans responsables clairement identifiés ni décisions budgétaires, même une bonne feuille de route risque de rester sur le papier.
4. Suivre et piloter les actions
Enfin, des points d’étape et des indicateurs de résultats permettent de piloter les actions, de suivre leur déroulement, de rectifier le tir le cas échéant et de mesurer les progrès réalisés. Selon les sujets, un tableau de bord peut être actualisé chaque mois, chaque trimestre ou chaque année.
Le suivi ne se limite pas au nombre d’actions lancées : il doit aussi, autant que possible, apprécier les réductions d’émissions obtenues, comprendre les écarts avec la trajectoire prévue et préparer les ajustements du cycle suivant.
Quels points de vigilance pour réussir son plan de transition ?
Comme pour le Bilan Carbone, le plan de transition différera selon chaque entreprise. Une même méthode peut servir de fil conducteur, mais les réponses seront nécessairement adaptées aux réalités du terrain.
Le profil d’émissions de GES
À l’issue de son bilan, chaque entreprise dispose d’une cartographie qui lui est propre. Le plan de transition est une réponse pratique, directe et actionnable au bilan des émissions de GES de chaque entreprise. Il définit une trajectoire de réduction réaliste et durable de ses principaux postes émetteurs de GES : l’entreprise A n’aura pas les mêmes émissions que l’entreprise B et son plan de transition ne sera donc pas le même. En revanche, la méthode, la construction du plan d’action et les outils de suivi peuvent être très proches. L’essentiel est de concentrer les efforts sur les postes réellement significatifs.
Le niveau de maturité de l’entreprise
On n’attend pas la même chose d’une entreprise qui vient d’effectuer son premier bilan carbone et de celle qui en est au troisième, a déjà testé des actions de réduction et dispose de données plus robustes. La maturité de l’entreprise au regard des sujets RSE qu’elle couvre et des actions qu’elle est prête à mettre en place influe sur les objectifs, les moyens et le rythme de mise en œuvre.
La gouvernance et les moyens disponibles
L’implication de la direction, l’engagement des services et l’organisation de l’entreprise sont des facteurs clés. Les moyens ne seront bien sûr pas les mêmes dans un grand groupe international et dans une PME. Un plan crédible doit tenir compte de cette réalité, sans renoncer à son ambition.
Le secteur et la chaîne de valeur
Industrie, numérique, banque, immobilier, services : le secteur influence directement les postes d’émissions et les actions prioritaires. Le lieu d’implantation, les fournisseurs, les clients et les réglementations applicables peuvent également peser sur les décisions à prendre.
Pour les secteurs industriels particulièrement consommateurs d’énergie, l’ADEME met aussi à disposition des plans de transition sectoriels élaborés avec les acteurs des filières.
Comment inscrire son plan dans une trajectoire bas carbone crédible ?
Pour définir sa propre trajectoire de décarbonation, l’entreprise peut s’appuyer sur des référentiels et des outils reconnus, comme la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) ou la Science Based Targets initiative (SBTi), tout en tenant compte de son secteur d’activité, de son profil d’émissions et de ses moyens.
Construire un plan de transition, c’est aussi se fixer un cap. Les objectifs de réduction des émissions de GES doivent être à la fois ambitieux, réalistes et cohérents avec les enjeux climatiques. L’Accord de Paris constitue une référence internationale, avec l’ambition de contenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C et de poursuivre les efforts pour le limiter à 1,5 °C.
La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC)
La Stratégie nationale bas-carbone constitue la feuille de route française de réduction des émissions de GES à l’horizon 2050. Ses orientations et ses déclinaisons sectorielles peuvent aider les entreprises à situer leurs propres objectifs dans une dynamique collective, sans constituer automatiquement une obligation de suivre une trajectoire identique pour chaque organisation.
Un guide de déclinaison volontaire de la SNBC auprès des organisations propose des repères méthodologiques et des outils pour construire une trajectoire cohérente avec les objectifs nationaux. C’est une ressource utile à mobiliser selon les activités et les données disponibles.
Consulter le guide de déclinaison volontaire de la SNBC auprès des organisations
La Science Based Targets initiative (SBTi)
La Science Based Targets initiative (SBTi) propose des référentiels et des méthodes pour aider les entreprises à fixer des objectifs de réduction des émissions fondés sur la science climatique. Selon leur profil et les critères applicables, elles peuvent également faire valider leurs objectifs dans le cadre prévu par l’initiative.
La SBTi constitue un outil possible pour structurer une trajectoire, mais ne remplace ni l’analyse des émissions, ni les arbitrages opérationnels, ni le suivi du plan de transition.
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Un plan de transition suffit-il à atteindre la neutralité carbone ?
Un plan de transition contribue à l’effort collectif vers la neutralité carbone, mais il ne permet pas, à lui seul, de déclarer une entreprise « neutre en carbone ». Son rôle premier est d’organiser la réduction effective des émissions de GES, directes et indirectes, sur l’ensemble des postes pertinents.
Des financements de projets climatiques peuvent compléter une démarche de contribution, mais ils ne remplacent pas les réductions d’émissions et ne doivent pas être comptabilisés comme telles dans le plan. Cette distinction est essentielle pour communiquer de manière crédible sur les engagements et les résultats.
Réglementation, marchés, parties prenantes : pourquoi anticiper ?
Au-delà des obligations qui s’appliquent directement à certaines organisations, un plan de transition peut répondre aux attentes de clients, de donneurs d’ordre, d’investisseurs ou de partenaires. Dans certains appels d’offres et marchés, les engagements climatiques et la capacité à les documenter peuvent devenir des critères de sélection.
Les documents de planification territoriale, comme les SRADDET (Schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires), apportent également des repères sur les orientations climatiques régionales. Ils peuvent nourrir la réflexion de l’entreprise, sans être confondus avec ses propres obligations réglementaires.
En savoir plus sur les SRADDET — ministère chargé de la Transition écologique
Pourquoi se faire accompagner dans la réalisation de son plan de transition ?
Construire un plan de transition, c’est passer du diagnostic à des décisions qui engagent l’entreprise : objectifs, investissements, organisation, indicateurs et mobilisation des équipes. Un regard extérieur peut aider à hiérarchiser les enjeux, à choisir une méthode adaptée et à transformer les intentions en actions réalistes.
Pour faire le point sur votre bilan des émissions de GES, votre projet de stratégie climat et construire un plan de transition adapté à vos objectifs, n’hésitez pas à contacter Entreprises engagées. Nous sommes un cabinet de conseil RSE expérimenté, à taille humaine et au plus près de vos préoccupations.
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